Cela m’a submergée, comme une grande vague. Est-ce l’approche de la cinquantaine? C’est évident que je n’y suis pas indifférente. Je suis dans l’urgence et dans l’incertitude. Qu’arriverait-il si la vie s’arrêtait demain, si on m’annonçait que c’était la fin, qu’un mal quelconque abrégerait mes jours? Suis-je en accord avec le bilan de ma vie?

La crise de la mi-temps de la vie toucherait la majorité des individus entre 45 et 55 ans. Pour certains c’est une catastrophe pour d’autres une simple période de transition.

Il y a plusieurs côtés de mon existence qui me plaisent. J’ai une vie amoureuse qui me comble, après toutes ces années de galère j’ai enfin rencontré la bonne personne, celle avec qui j’aime m’endormir et me réveiller tous les jours. L’homme qui sait d’instinct comment me rendre heureuse. Celui avec qui je me vois vieillir.

J’ai eu la grande chance de connaître la maternité avec toutes les joies et les douleurs que présupposent d’être aussi attaché à un autre être humain. Je comprends de mieux en mieux mon rôle et j’en accepte les limites.

J’ai une famille qui m’entoure et avec qui je voudrais tisser des liens encore plus étroits, je connais leur importance dans ma vie, je sais qu’ils ont tous à leur façon contribué à faire de moi la femme que je suis et je leur en suis reconnaissante.

J’ai voyagé, même si j’en ai jamais assez, j’ai de ce côté tellement de rêves. Je souhaite avoir la santé pour visité l’Inde, l’Argentine, quelques pays d’Asie et d’Afrique et tous ces pays d’Europe que je voudrais voir ou revoir. J’ai envie de remplir d’autres volumes de mes carnets de voyage.

Je me sens pourtant dans la tourmente, envahi par la crainte. Ai-je vraiment atteint mon plein potentiel? Suis-je sur la pente descendante? On dit qu’il est difficile de trouver un emploi après 50 ans, que les femmes de cet âge deviennent invisibles. Je me sens dans un carrefour. Comme si c’était la dernière fois que je pouvais faire un grand virage.

Depuis des années, j’ai une vie professionnelle bien rodée, un bon salaire, de bons avantages. Je pourrais facilement laisser aller les choses sur cette pente douce jusqu’à la retraite. Vivre d’une vacances à l’autre, d’une fin de semaine à l’autre. Je pense offrir une bonne prestation de travail basée sur une longue expérience malgré ma baisse d’enthousiasme.

De l’autre côté, il y a mon rêve accroché à l’inconnu financier et à l’incertitude sur mon talent littéraire. Cette idée qu’à plusieurs moments de ma vie pour des raisons d’insécurité je n’ai pas pris les bonnes portes. Et si ces portes se faisaient de moins en moins nombreuses? Faute de temps, ce manuscrit n’existerait que dans ma tête. Est-ce qu’en travaillant le soir et la fin de semaine j’y arriverai?

Et si à la toute fin je me disais : et si j’avais essayé?

Il y a quelques jours, je mangeais des restes de spaghetti avec mon chéri. J’avais étiré la sauce avec une crème de champignons, une tomate, de l’ail, du basilic, du fromage parmesan et du poivre moulu. Franchement avec un petit vin espagnol, le résultat était excellent.

Et puis soudainement, j’ai repensé au meilleur spaghetti de ma vie. Je sais que théoriquement je devrais invoquer la sauce spaghetti de ma mère, mais bien qu’elle soit une excellente cuisinière ce n’était pas le sien.  En fait, il n’y avait pas une seule tomate.

Je devais avoir 14 ou 15 ans, jeune étudiante à l’école polyvalente de l’Ancienne-Lorette et partie en échange linguistique à Thunder Bay, Ontario. J’étais jumelée à une fille dont le prénom était Lisa et dont les parents étaient italiens. Sa vieille grand-mère habitait avec eux. J’ai le souvenir d’une vieille « Nona » avec un foulard noir comme dans les films du parrain. Nous étions rentrées un peu tard et en bonne grand-mère, elle avait offert de nous faire un petit goûté avant d’aller dormir. Quelques minutes plus tard, nous avions eu droit à un plat extraordinaire de pâtes avec une sauce aïoli.  Comme c’était bon!

Jamais je n’avais expérimenté ce goût et sincèrement encore aujourd’hui je ne suis pas certaine de ce que j’ai mangé. Je me souviens que c’était blanc et que ce n’était pas le spaghetti au beurre des jours difficiles. C’était comme être projeté trente ans en avant dans une vie beaucoup plus ethniquement gastronomique.

Je me doute bien que la nostalgie à augmenter la saveur du spaghetti de Nona Panontin mais qu’importe…

Si je pouvais, je ferais fondre toute cette neige dans mon jardin. Je n’ai jamais autant eu envie de sentir la douceur des parfums de mon potager.

Je ferme les yeux et je sens la tiédeur de la terre noire qui glisse entre mes doigts. Je forme de jolis monticules pour y enfouir les semences de tomates, de concombres, de petites fèves, les fines herbes.

Derrière la terrasse, le lilas qui fleurit. Cela sent bon.

J’entrevois cette réserve de soirées chaudes sur la terrasse, un livre d’une main… un verre de vin de l’autre.

Vivement l’été.

Aéroport de Francfort. L’attente.

J’aime cette zone de transition, cette obligation d’arrêter, parfois pendant des heures. L’inconfort d’une chaise trop droite, de votre cou qui oscille par le mouvement du sommeil.

Malgré les plaisirs que vous auront procuré le voyage, vous n’avez plus qu’une envie, arriver à la maison. Vous poser dans le quotidien de votre vie. Parce que devant la porte d’embarquement c’est inévitable les vacances sont finies.

Si comme nous vous êtes accros aux voyages, vous aurez déjà élaboré quelques plans pour le prochain départ.

Je le jure, nous en parlions au déjeuner… Paris en juin

Tu nous auras fait languir jusqu’à la fin. Telle une femme timide, tu as attendu le soleil du dernier jour pour te dévoiler entièrement.

Tu es belle dans tes courbes, dans tes rondeurs, dans tes angles jamais tout à fait droit.

Tu es pleines de contradictions, toujours écartelée entre l’ancien et le nouveau.

Tu es un merveilleux melting pot, ayant retenu du passé que la beauté est contenue dans la diversité.

Trois jours à Berlin c’est très peu. Nous avons tout de même essayé de voir l’essentiel du touriste… On s’entend.

J’ai l’impression d’avoir passé à côté de bien des choses. Je ne pense pas que Berlin s’arrête à cette palissade colorée de graffitis. J’aurais tant aimé entrevoir un peu plus de cette modernité, de ce style allemand unique.

Notre chambre d’hôtel reflète un peu cet élément original avec ses grandes fenêtres du plafond au plancher nous donnant l’impression d’être au dessus de la rue. Ou à deux rues de l’hôtel cet immeuble si original qui semblait presque vivant.

Nous avons ajouté quelques souvenirs dans l’île aux musées. Il était très agréable de découvrir l’art africain, l’art islamique en plus de l’art allemand.

Au delà des kilomètres, nous avons eu la chance de prendre un moment d’arrêt, à deux, et d’ajouter dans notre mémoire de couple quelques pages supplémentaires.

À quelques pas de notre hôtel se trouve la « house of small wonders ». Nous suivons les indications dans une petite rue qui ne semble pas être l’hôte de restaurateurs, et puis voilà la petite affiche sur tableau noir.

Nous montons l’escalier en calimaçon et nos narines hument un parfum nous mettant déjà le sourire aux lèvres.

L’endroit est à la fois simple et sympathique, la clientèle nombreuse est formée de jeunes Berlinois qui discutent de façon enjouée. Nous commandons œufs bénidict et au gratin et constatons que ce n’était pas que beau mais aussi délicieux.

Il y a des choses que l’on n’oublie pas.

Il ne faut jamais acheter un billet de train en Allemagne le jour du départ sous peine de payer 5 fois le prix.

Il ne faut pas oublier la St-Valentin ou la fête de son amour ou les moments heureux.

Il ne faut pas oublier d’arriver à l’heure au bureau et à la maison.

Lorsque l’on visite Berlin on comprend qu’il y a des choses encore plus difficiles à oublier…

Hôtel de Paris, au cœur de St-Avold, un charmant village de Lorraine en France, l’endroit idéal pour une rencontre de propriétaires de Floride-Caravelle comme mon chéri.

Nous sommes arrivés vendredi, pour prendre possession de notre chambre et rapidement nous avons été rejoints par d’autres membres du Floride-Caravelle Club de France pour un premier souper dans une jolie brasserie, le Queen’s café, avec comme premier apéritif un crémant d’Alsace accompagné de flammes aux lardons et fromage. Par la suite, comme plat de résistance, nous découvrons les spaetzels au gratin accompagnés d’un vin blanc de la région.

Samedi, nous faisons connaissance avec d’autres membres du club et je constate que notre réputation nous a précédé étant les seuls Canadiens présents à l’assemblée annuelle. La réunion a lieu dans les locaux du Conservatoire automobile Léon-Joseph Madeline à Faulquemont qui abrite le club d’Autorétro 57. C’est une occasion d’admirer quelques belles voitures d’autrefois et de lever nos flûtes de champagne au succès du club.

De retour à l’hôtel de Paris pour le souper, les Français ne nous ont pas déçu avec comme apéritif un kir royal à la liqueur de mirabelle, servie dans le cadre enchanteur d’une ancienne chapelle attenante à la salle à manger.

Au menu du souper: foie gras, magret de canard et comme dessert un gratin de mirabelle. Le tout accompagné de délicieux vins blancs et rouges.

Dimanche, nous voilà à nouveau réunis avec nos nouveaux amis français pour la visite de la mine de fer de Neufchef. Notre guide est un ancien mineur dont l’expérience ne fait aucun doute, il nous livre avec passion tous les secrets de sa mine.

Et puis pour finir en beauté… Champagne ! Décidément j’adore les français. Après avoir mangé une délicieuse quiche, je constate que nous n’étions qu’à l’entrée quand la serveuse revient avec les assiettes de bœuf bourguignon, sans oublier une savoureuse tarte aux pommes.

Mon chéri et moi reprenons la route en direction de Frankfurt, regrettant déjà l’océan qui nous sépare des fins de semaine françaises.